Le rencar

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Enfance des arbres de Jean Lavoué

Ce temps de métissage et de chansons mêlées

Ce temps de tisserands et de vies accordées

Ce temps que nous appelons sur nous-mêmes

Comme une supplique ardente du fond de nos détresses  

Comment nous sera-t-il donné

Tandis que nous allons

Si loin de nos récits perdus

De nos chants disparus

De nos sources oubliées ?

 

Comment nous sera-t-il arbre de vie

Si nous ne visitons ensemble nos racines

Si nous n'étendons pas nos branches aux frontières

Si nous ne nous approchons pas avec tendresse

De ceux-là qui glissent inexorablement vers les ravins de la nuit 

De ces hommes et de ces femmes de l’errance 

De ces pauvres d’aujourd’hui

Qui ne croient pas qu'un avenir leur soit encore possible ?

 

Comment pourrions-nous être à l’abri entre nous

Comment serions-nous en paix avec leurs cris 

Si nous nous contentons de protéger nos cités

De lois aveugles à ce qui les menace

De temples à nos valeurs sans oreilles et sans yeux 

Sans portes ouvertes sur le monde

Ignorant tout des périls où ils s'acheminent ?

 

Comment nous sentirions-nous proches ici les uns des autres

Si nous restons indifférents à leurs rêves déchirés

Les yeux seulement rivés sur l’écran de leurs ruines

Insensibles aux humiliations jetées sur leurs épaules

Au manteau en lambeau de notre commune fraternité ?

 

Nous tisserons ensemble la paix dans les chaos du monde

Nous serons avec eux ses artisans aux mains nues

Nous repriserons patiemment ses guenilles et ses pièces usées

Nous apprendrons à dire en tout temps son fragile secret

Nous serons les uns pour les autres son hospitalité bienveillante et démunie

 

Nous ferons venir à nous des fils et des filles de justice

Qui ferons naître avec les nôtres des enfants de la paix

Des affranchis qu’aucun signe distinctif ne préservera

Sinon celui d'être chacun l’un pour l’autre de simples humains donnés

 

Nous mangerons dans leurs maisons 

Nous serons hôtes en leurs demeures

Ainsi même ceux-là qui succombent aujourd’hui

Sauront qu’il s’est approché de nous ce printemps vulnérable

Où s’accomplit la promesse que toutes leurs mains espéraient.

 

Jean Lavoué